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Namaste

publié le 21 nov. 2011 à 05:27 par Philippe Rondas   [ mis à jour : 20 déc. 2012 à 08:19 ]
L'inde, pays de contrastes. Difficile de ne pas retomber dans le cliché après 6 semaines dans le nord du sous continent. Tout en Inde est un chaud-froid permanent, que ce soit en y passant une journée de promenades et de découvertes, entre émerveillement total et dégout profond, ou en observant son organisation politique.

"La plus grande démocratie du monde" produit les plus grands truands politiques. En traversant les plaines indiennes, on se rend compte à quel point l'Inde regorge de ressources faramineuses. On pourrait nourrir deux fois le milliard d'habitants qui l'habite. Au lieu de ça, des millions d'indiens meurent de faim, 500 millions sont illettrés et 40 % des villages indiens ne disposent pas de routes.

Les richesses indiennes sont mal distribuées. Elles sont aussi bien souvent purement et simplement planquées en Suisse. Qu'il s'agisse d'argent provenant de l'économie parallèle ou d'aide au développement détournée, on estime que 1456 milliards de dollars venant d'Inde dorment dans des banques suisses. L’Inde aurait plus d'argent noir que la totalité de l'argent noir des autres pays du monde*. En clair, la misère indienne ne vient pas d'un manque de richesse mais de l'incurie criminelle des politiciens indiens. Ce qui fait dire à certains que l'Inde est un pays riche remplit de pauvres gens.

Banwarhi Devi et Anna Hazare.
Deux noms, symbolisant l'Inde d'aujourd'hui, ont fait les titres des journaux pendant toute la durée de notre séjour.
Début septembre, des rumeurs ont fait état d'une vidéo présentant un ministre du Rajasthan dans une position délicate avec Banwarhi Devi, une jeune infirmière. Depuis lors, la jeune femme a mystérieusement disparu. La police espère maintenant retrouver son corps dans une rivière. Après des semaines d’atermoiements, le ministre suspect vient d'être déchargé de ses fonctions. La population indienne oscillent entre résignation et colère face à ce scandale. Ça ne serait que la face visible de l'iceberg vicié de la classe politique. Un indien nous affirmait que les élections était souvent achetée par les partis à l'électorat analphabète: une centaine de roupies (de quoi manger -mal- pendant 3 jours) par voix, et l'élection est gagnée pour 5 ans. L’illettrisme ne touche pas que les électeurs, bons nombres de parlementaires seraient eux aussi incapable de lire: ils signent les documents officiels en apposant un pouce plein d'encre sur une feuille de papier.

L'autre personnalité citée tous les jours dans les journaux donne de l'espoir aux indiens: Anna Hazare. Ce vieux sage d'un village du Maharashtra est parti en guerre contre la corruption, à tous les niveaux. Dans le pays du "Bakchich" (mot d'origine indienne) Anna se bat pour forcer le parlement à faire passer le "Lokpal Bill", une loi qui mettrait fin aux dessous-de-table qui minent la société indienne. Anna a d'abord réformé son village avant de s'attaquer au système politique national. La misère, la famine et l’alcoolisme régnaient à Ralegan Siddhi avant que Anna Hazare n'y mette de l'ordre. Il y a mis au point des structures collectives d'irrigation, une banque de grain dont chacun peut profiter et à fait fermer les troquets clandestins. Fervent adepte d'un hindouisme épuré, celui que l'on nomme le Ghandi du 21ème siècle a aussi ses côté flippant. Après avoir fait interdire l'alcool, le tabac et la consommation de viande dans son village, il a aussi banni le cinéma et la musique...

Rien n'est simple mais les indiens de la classe moyenne veulent croire que leur pays est sur la voie du développement. On en parlait dans un train avec Deb, vendeurs de tracteurs, et Jayun, assureur. Je leur disais qu'on espérait revenir visiter l'Inde dans 20 ans et trouver un autre pays, guéri de sa misère. En cœur, ils nous ont répondus qu'ils en était persuadés: l'Inde va changer, en mieux.
Chiche.

* Swiss banking association report 2006

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